Petit tour aux marais salants de Caracol
Reportage
Caracol (Karakòl en créole haïtien) est une commune située dans le département du Nord-Est et fait partie intégrante de l'arrondissement de Trou-du-Nord. Elle a une superficie de 74,91 km². Selon un recensement en 2015, La commune est peuplée de 7 714 habitants. L'économie locale repose sur la culture d'arbres fruitiers comme le manguier, le citron, l'avocatier et d'autres cultures comme le maïs, le pois-congo et le manioc. Les habitants pratiquent aussi la pêche et produisent du sel. Caracol est surtout connu pour le Parc Industriel qu'elle héberge depuis 2012. Le 22 octobre 2012, Hillary Clinton, en tant que Ministre des Affaires Étrangères (Secretary of State) américain a inauguré ce dit Parc Industriel de Caracol. Le principal locataire est S & H global, une filiale de Sae-A Trading, une société sud-coréenne. Dans le cadre de ce reportage, nous allons nous accentuer sur non seulement la production du sel, sa rentabilité dans la zone de Caracol (Nord-Est), une grande productrice, mais aussi sur l'état de ces lieux de production appelés marais salants.
L’état des lieux de production
Dans le cadre d'une sortie académique, j'ai eu à visiter la ville de Caracol particulièrement les marais salants. Dans cette zone-là, se trouvant à quelques kilomètres du parc de Caracol, l'économie est basée sur la pêche plus précisément la vente de poissons séchés au soleil et du sel. Les constructions sont limites archaïques, la région est déboisée. La seule végétation en vue est une zone côtière où l'on trouve exclusivement des mangroves ( mang lanmè). Le sol est aride et blanchâtre. Cela est dû à la présence constante du sel. L'odeur d'iode et de décomposition sont quasi-sempiternelles dans la région. À noter que la région de Caracol n'est pas la seule productrice de sel. Des zones comme Grande Saline, Gonaïves, Aquin, Anse-Rouge sont parmi les grandes productrices. Le sel de Caracol quand à lui, approvisionne les marchés du Nord, du Nord- Est et du Plateau central. Selon les données du Comité interministériel d’Aménagement du Territoire la production de sel en Haïti avoisine 67 500 tonnes par an.
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Crédit photos: Adely Gayard PERCINTHE, Caracol, marais salants, le 24 juin 2022. Image 1: Poissons en train d'être séchés au sol |
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Image 2: Au premier plan, le sol aride Au second plan, un marais salant en arrière-plan, les mangroves ( mang lanmè) |
La production du sel
Le sel (chlorure de sodium) est nécessaire à la vie. Il participe non seulement au maintien de l'hydratation de l'organisme et à l'équilibre de la tension artérielle mais aussi en cuisine comme condiment pour rehausser la saveur des plats. De plus, il possède des propriétés conservatrices dans les industries agroalimentaires.
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Crédit photos: Adely Gayard PERCINTHE, Caracol, marais salants, le 24 juin 2022.
Image 1: nettoyage d'un marais salant |
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Image 2: processus de production du sel en cours |
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| Le personnage anonymisé "Jean" dans le marais salant |
La rentabilité du sel
Selon Jean, après que le propriétaire paie en nature les gens qui l'ont aidé à nettoyer le marais. Il peut lui rester environ 200 sacs de sel. Le sel se vend par seau ( bokit). Trois seaux se vendent entre 225-300 gourdes environ. Un sac peut contenir environ 3 à 5 seaux. Concernant le ramassage du sel, les gens (les femmes) utilisent des paniers. Autant de ramasseuses, autant de lot, même proportion peu importe qu'on soit propriétaire ou non. En l'interrogeant sur d'éventuels accidents, Jean a fait mention de cas où parfois de gros boutons éclatent dans les membres inférieurs des gens et parfois même le sel les blesse. « Le sel est aussi et même plus tranchant qu'un couteau » a-t-il ajouté.
Ce qu'il y a déploré, c'est l'absence de dispensaires dans la zone pour soigner les éventuels blessés et aussi donner les premiers soins aux malades de la zone. Sur la question relative à une perte Jean a répondu que cela est dû aux inondations. L'eau envahit les dépôts de sel. C'est pour cette raison qu'on ne produit pas de sel durant les périodes pluvieuses.
L’intervention de l’État haïtien
Comment l'État contrôle cette zone? Est-ce que les producteurs paient des taxes? L'État est-il absent dans la zone des marais salants? Depuis quand cette zone à cette vocation? Nous avons questionné un homme d'un certain âge pour apporter des réponses fiables à ces questions.
Selon ce dernier, la mairie de Caracol est plus ou moins présente. Le laxisme des dirigeants laisse à désirer. Parfois, on leur demande de payer des taxes. On ne prend pas de réelles mesures pour pallier l'absence de dispensaires. L'État intervient que quand un lopin de terres est vacant et que quelqu'un décide d'en faire un bassin. Ainsi, ce dernier verse à la mairie une somme. Selon cet homme un bassin coûte 200 000 gourdes en moyenne. À préciser que ce montant est pour un bassin déjà fouillé. Depuis quand on a commencé à fouiller des bassins dans cette zone ? « Mon père m'a dit que cela remonte aux années 40 » précisa le Monsieur. Selon mon grand-père, le premier homme à avoir fouillé un bassin dans cette zone était appelé frère Abraham, ajoute-t-il.
Conséquences de l’abattage des mangroves
L'interrogeant affirme que l'absence de gros poissons séchés, durant notre visite, est dû de l'abattage des arbres. Il a fait remarquer que ces derniers temps les gens s'adonnent à l'abattage des mangroves pour produire du charbon. Les mangroves étaient la demeure des gros poissons. Le déboisement impacte sérieusement la pêche dans cette zone. Les prises ne rapportent presque plus. « Ce ne sont pas les pêcheurs » martela-il, « ils savent que cela va détruire l'écosystème » a-t-il ajouté. « C'est la faute au laxisme des gardes des aires protégées », les gardes dont la mission est de protéger la forêt des mangroves. Global Mangrove Watch, une plateforme qui visualise les données sur les mangroves, montre qu’aujourd’hui, moins de 30% du littoral est recouvert de forêts, la plupart en petites poches fragmentées.
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Credit photo : Ayiti decouverte, Corail, Grand’Anse Haiti, Foret de mangroves / cette photo ne vient pas de ce reportage mais sert à donner une meilleure idée de la forêt de mangroves. Les autorités sont priées de prendre au plus vite leurs responsabilités pour non seulement assurer une réelle protection à la forêt de mangroves dans le département du Nord-Est mais aussi de doter la zone des marais salants d'infrastructures pouvant permettre à la population de recevoir des soins médicaux adéquats et des matériels qui peuvent les aider à bien extraire du sel et aussi fructifier leurs avoirs. Ces besoins plus que pressants, L'État va-t-il les prendre en compte? Sinon, les habitants de cette zone ne pourront-ils pas eux-mêmes se serrer les coudes et faire les choses avec les moyens du bord ? Il est clair que cela rend paresseux un système d'État providence. L'union fait la force, fort de cette devise, les habitants des marais salants de Caracol ont la lourde tâche d'appliquer ce conseil et de pallier à leur multiple manques. Editorialiste: Adely Gayard PERCINTHE |






Bravos l’ami! C’est un bon travail. J’ai moi-même été fasciné lorsque j’ai vu pour la première fois cette façon dont on produit le sel. C’était à Grande Saline, sur la route du Nord-ouest.
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