Une tentative de prestige compliquée pour le créole haïtien


Editorial

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Le Créole Haïtien est la seconde langue officielle d’Haïti à partir de 1987. Le français l’est depuis 1918.  A chaque journée de la langue créole et culture créole. Le grand débat de linguistique comparée entre le Créole haïtien et le Français refait surface. C’est une spirale, car le problème n’est pas dans les deux langues mais c’est en nous ! Aimons-nous notre langue maternelle ? Travaillons-nous pour son meilleur prestige ?

Les Haïtiens aiment-ils leur langue maternelle ?

On dit souvent que le Créole est une défiguration du Français, un « Français cassé », un « Français mawon ». Mais cela a toujours été un cliché, puisqu’il est scientifiquement prouvé que le Créole haïtien est une langue á part en entière. Selon la linguistique, pour qu’une langue soit langue, elle doit reposer sur plusieurs composantes : le système des sons et leur fonctionnement (phonologie/phonétique), le système grammatical (morphologie et syntaxe), le système lexical (lexique et sémantique) le système social (pragmatique). Il n’est certainement pas de se questionner sur ce qui fait du Créole haïtien une langue aujourd’hui, mais plutôt de se questionner sur notre tendance à le comparer avec le Français et de croire que le Français est plus beau.

 Ce n’est pas un problème de partager sa subjectivité sur les langues. Dire qu’une langue est plus belle qu’une autre n’est pas plus différent que de dire qu’un film est plus beau qu’un autre. Ainsi une personne peut toujours aimer le Français plus que le créole haïtien quoi qu’il soit un Haïtien.

Aucun linguiste ne vous dira qu’une langue est plus belle qu’une autre, sa science ne prétend pas détenir le sentiment du beau. De préférence, il est à considérer, que toutes les langues sont uniques, possédant leur propre histoire, différentes de par la distinction de leur composante.

Le sentiment du beau par rapport à une langue est toujours œuvre de tendance de subjectivité. En parlant de subjectivité ; sur quoi se base la subjectivité des Haïtiens par rapport à leur propre langue ? Si un Haïtien trouve que le Français est plus beau : ne serait-ce pas parce que le créole toujours a été rabaissé et ceci même dans les écoles haïtiennes. Depuis des années, la société haïtienne n’accueille jamais de haut le parler créole, il y a toujours eu une guerre de prestige entre le Créole et le Français.  Si les Haïtiens n’aiment pas leur langue _que ce soit sous prétexte de relativité_ qui va l’aimer ?

 

 

 Les Haïtiens travaillent-ils pour leur langue maternelle ?

La journée du 28 Octobre est consacrée à la langue créole. Qu'en est-il de l'Académie du créole haïtien ?  Dans un article sur Montray Kreyòl , « L’ACADÉMIE DU CRÉOLE HAÏTIEN : AUTOPSIE D’UN ÉCHEC BANALISÉ (2014 – 2022) » par Robert Berrouët-Oriol , publié le 20 janvier 2022. L’auteur révèle que l’académie du Créole haïtien est sans fondement. Cette instance dont la présence est justifiée dans l'article 213 de la constitution de 1987 a été jugée nulle, inutile et décoratif par plus d'un. L'idée même de sa création fut débattue par l'Assemblée Constituante sans faire appel à des linguistes de renom de l'époque. L'on retrouvera plus tard une opposition et des fustigations de cette catégorie à l'encontre de la mise en place de cette microstructure. L'on retrouve ainsi la position de Yves Dejean le 27 Octobre 2004 - à la veille de la journée commémorative - en ces termes : " Nous n’avons pas besoin d’Académie de langue créole. " Il soulignera que cette entreprise fut trop à l'image de la mise en place archaïque de l'Académie française en 1634.

D'autre part, l'Académie du créole haïtien semble, au vu de certains textes de loi, ne pas avoir la légitimité juridique d'aménagement de la langue créole. En effet selon la « Lwa pou kreyasyon Akademi kreyol ayisyen an », article paru dans Le Moniteur le 7 avril 2014,  l'Académie du Créole haïtien est une instance « déclarative » destinée à formuler des « propositions » et des « recommandations » sans pouvoir légal contraignant. Elle ne dispose donc d'aucun pouvoir exécutif. Son existence fut donc toujours limitée à des propositions et des recommandations qu'elle a soumises à un Etat faisant la sourde oreille. Elle a pour autant agi - de façon illégale - depuis cette publication jusqu'à aujourd'hui pour un bilan quasi-caduc.

Dans l'espace publique, aucune initiative, aucun programme mesurable ne fut entrepris. Les tribunaux ont continué d'instruire leurs dossiers en français grâce à des textes de loi rédigés uniquement en français pour des décisions finales formulées en français. Sur le plan éducatif, l'accord qui eut lieu entre le ministère de l'Éducation et de la formation professionnelle et l'Académie le 8 juillet 2015 s'est soldé sur des flèches lancées contre la MENFP qui s'était restreint à rendre l'usage du créole obligatoire sur les aspects éducatifs.

Jusqu'à présent, l'Académie du créole haïtien n'a cessé de prétendre à un rôle exécutif, omettant sa limite déclarative. Maladroitement établie, elle continue de rester une institution vague et sans fondement. Rappelons qu'en son sein, seuls 4 linguistes faisant office de bénévolat travaillent.

Cet article est une enquête sur l’Académie du Créole haïtien qui prouve que le travail pour l’honneur de la langue est plus compliqué qu’on ne le pensait. A l’occasion de la journée de la langue créole, il est important de rappeler où l’on est aujourd’hui dans le prestige que nous voulons accrocher à cette langue dotée d’une histoire extraordinaire.

 

 

On doit travailler pour la langue créole, car c’est ainsi qu’elle va pouvoir prendre sa place légitime grâce á des linguistes motivés et nationalistes qui ne travaillent pas sous la forme. Nous ne rejetons point la langue française mais la langue créole doit avoir un autre prestige dans la tête des Haïtiens. Donner à la langue créole l’amour qu’elle mérite nous forcera quand même à nous dépouiller du regard que nos grands-parents nous avaient passé. Nous devons désapprendre les clichés construits sur cette langue.


Editorialistes:

Marc Charlotin

John kembell Deciere

Commentaires

  1. Au lieu de valoriser l'academie qui est là pour structurer la langue et de chercher a approfondir et favoriser les recherches sur la langue, vous la presenter comme une entité inutile. Franchement, en tant qu'haïtien, et je me sens insulté et revolté, En ce jour, vous auriez dû relater les progrès qui ont été fait grace a cette academie. De promouvoir les linguistes qui y travaillent car ils le font par amour pour la langue et pour la science. Vous avez enlevé toute la joie qui accompagnait ma journée. Merci beaucoup!

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