Les Amazones de Dahomey
Synthèse
The Woman King, ce film avec pour tête d’affiche l’actrice
Viola Davis, fait depuis sa sortie en Septembre dernier, la une de l’univers
cinématographique. Objet de fierté, mais aussi de controverses tant aux
États-Unis qu’au Bénin. Cette épopée met en scène une courageuse générale qui
entraîne des recrues pour la protection de leur mode de vie et de leur
frontière. En s'inspirant de la remarquable histoire des Amazones de Dahomey,
cette unité d’élite de l’armée qui faisait la force de ce puissant royaume du
sud du Bénin au XIIIème siècle.
Instauré par la reine
Tassi Hangbe, le régiment des « Minons » ( en langue Fongbe ;
nos mères) était destiné à renforcer les rangs de l’armée pour défendre le
royaume contre tout type d’envahisseur. Choisies depuis leurs plus jeunes âges,
ces filles suivaient alors une formation stricte et de rudes entrainements.
Devenues soldates ou officières selon leur rang social, elles défendaient le
territoire avec une force et une détermination hors norme. C’est une troupe
bien organisée formée de deux sous-unités aussi efficaces l’une que
l’autre. D’une part les Aligossi, les sentinelles, qui
constituaient la garde rapprochée du roi, et d’autre part les Djakopo, les redoutables éclaireuses,
terreurs de l’ennemi. Selon leurs habiletés, elles étaient fusilières, archères
ou faucheuses. Qu’elles étaient armées de machettes, de fusils de flèches
empoisonnées ou se livrant dans des corps à corps sanglants, chacune de ces
guerrières remplissait son rôle avec un savoir-faire et une dextérité qui
inspiraient le respect et l’admiration. Lors des campagnes colonialistes en
Afrique, les colons ont témoigné avoir eu du fil à retordre pour venir à bout
de ces combattantes aguerries. « Vaincre ou mourir », telle est la
devise qui fait vibrer chaque fibre de ce régiment. Le général Dodds, principal
meneur de la campagne française du royaume de Dahomey, décrit la journée du 26
octobre 1861 comme « la plus meurtrière de cette guerre. » Les
Minons, préférant mourir plutôt que de se laisser vaincre, ont offert une
résistance corsée jusqu’à leur dernier souffle.
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C’est d’ailleurs en référence aux intrépides guerrières de
la mythologie grecque énoncées dans l’Iliade, que les colons de l’époque les
ont surnommées « Amazones ». Leurs prouesses au combat, leur
résistance et leur vaillance en ont fait des figures légendaires, des
personnages fascinants, des symboles de liberté. Le cinéma, l’histoire, et même
des luttes anti patriarcales se sont inspirés de leur parcours pour faire
rêver, émouvoir et surtout révolutionner les mentalités et les stéréotypes.
Le gouvernement actuel du Bénin ayant compris l’importance de cet héritage a décidé d’en profiter pour rehausser l’image de son peuple. En plein cœur de Cotonou, la capitale du pays, s’érige fièrement depuis juillet 2022, un statut de trois mètres évoquant l’une de ces éminentes guerrières révolutionnaires. Comme l’a expliqué le professeur d’université Béninois Wantchekon, les Amazones sont des femmes exceptionnelles, plus par leur capacité à servir de modèle qu’à leurs exploits sur le champ de bataille. Si elles ont accompli pendant leur service ce qu’aurait pu réaliser n’importe quel autre soldat du sexe masculin, il n’en demeure pas moins que leur histoire peut façonner la vie d’une multitude de jeunes femmes qui plient sous le poids de préjugés, de la marginalisation et de conceptions limitantes.


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